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​© David Munoz  / Tous droits réservés / Adagp Paris.

INVISIBLE WORLDS 

  Utiliser une carte, ce serait créer une compréhension visuelle du monde, établir sa construction sociale à travers la cartographie. Loin de représenter un simple miroir de la nature « vrai ou faux » elle redéfinit le monde, comme tout autre document, en termes de relations de pouvoir et de pratiques culturelles. « Notre vision est continuellement active, se déplace continuellement, continue de maintenir les choses dans un cercle autour d'elle-même, constituant ce qui nous est présent tel que nous sommes » déclara John Berger dans son ouvrage « Ways of seeing ». Nous devons aux cartes cette nouvelle faculté cognitive qui nous permet de voir le monde à travers elles.


  Au 21ème siècle, cartographier le monde prend une nouvelle dimension, celle d’un monde invisible et pourtant bien réel, parfois très sombre, né de l’essor des technologies de l’information, des réalités virtuelles, d’un monde de surveillance et des réseaux de machines. Outil de la découverte dans un premier temps, la technologie devient un instrument du pouvoir dans un système de coercition et de contrôle.


  L’idée de repousser la frontière de notre espace est enthousiasmante. Se positionner sur une carte numérique qui s’appuie sur un service de géolocalisation dont nous ignorons tout du fonctionnement, comporte des limites. Souvent tout ce que nous devons savoir est comment aller d’un point A à un point B. Notre intérêt se limite à ces deux points. Se représenter ce que sont ces lieux A & B, ou savoir ce qui se trouve entre ces deux points, échappent à notre curiosité. Les cartes du monde devenues réalités virtuelles consommées par des machines - GPS, voitures autonomes, etc. - circulent, à notre insu, dans des infrastructures bien réelles - câbles sous-marins, satellites, réseaux de fibres optiques terrestres, etc. - générant opacité, invisibilité pour chacun d’entre nous.   Aujourd’hui, les notions de Nation, de Pays, d’État ne font qu’un et sont interchangeables. Avec Internet et l’avènement des technologies numériques, selon les prévisions de l’Institut pour le Futur, nous assisterons à une mutation de nos sociétés. Ces notions vont prendre des significations bien distinctes. Des modifications vont redessiner les cartes du monde et ses représentations, de manière profonde.


  Recomposer une mythologie individuelle ou collective, décliner de nouvelles variations lexicales. Comme le cartographe, je créerais un monde, non pas un monde naturel, mais un monde culturel. Ce monde serait investi d’une langue parmi d’autres possibles, attestant d’un espace organisé, ponctué de lieux significatifs et construits. Envahi par une réticulation de noms propres, il s’approprierait un nouvel espace à travers des chaînes de métaphores, des champs de connaissance. La Terre ne peut pas ressembler à ses cartes. Représentations spatiales, dénominations des territoires, inscription de la toponymie sur la carte, jamais la Terre n'apparaîtra aux yeux d'un satellite ou d’un observateur aérien comme quelque chose recouvert de toponymes. Le processus mimétique s'arrête là où commence l'écriture.

  Using a map is to create a visual understanding of the world, to establish its social construction through cartography. Far from representing a mere "true or false" mirror of nature, it redefines the world, like any other document, in terms of power relations and cultural practices."Our vision is continually active, continually moving, continually holding things in a circle around itself, constituting what is present to us as we are" said John Berger in his book "Ways of seeing".

 

It is thanks to maps that we possess this new cognitive faculty that allows us to see the world through them. In the 21st century, mapping the world takes on a new dimension, that of an invisible and yet very real world, sometimes very dark, born from the rise of information technologies and virtual realities; a world of surveillance and machine networks.

  As a tool of discovery at first, technology becomes an instrument of power in a system of coercion and control. The idea of pushing the frontier of our space is exciting. Positioning oneself on a digital map that relies on a geo-localization service whose operation we know nothing about, has its limits. Often all we need to know is how to get from point A to point B. Our interest is limited to these two points. To imagine what these places A & B are, or to know what lies between these two points, escapes our curiosity. Maps of the world, which have become virtual realities consumed by machines - GPS, autonomous cars, etc. - circulate, without our knowledge, in very real infrastructures - submarine cables, satellites, terrestrial optical fibre networks, etc. - generating opacity, invisibility for each of us.

  Today, the notions of Nation, Country, State are one and interchangeable. With the Internet and the advent of digital technologies, we will see a change in our societies, according to the forecasts of the Institute for the Future.These notions will have very different meanings. Modifications will redraw the maps of the world and its representations in a profound way. Reconstructing an individual or collective mythology, declining new lexical variations. Like the cartographer, I am creating a world, not a natural world, but a cultural world. This world is invested with one language among other possible ones, attesting to an organized space punctuated by significant and constructed places. Invaded by a reticulation of proper nouns, it appropriates a new space through chains of metaphors, fields of knowledge. The Earth cannot look like its maps. Spatial representations, denominations of territories, inscription of toponymy on the map; never will the Earth appear to the eyes of a satellite or an aerial observer as something covered with toponyms. The mimetic process stops where writing begins.